Quand Kintsugi rime avec… Kintsugi !

L’esprit du Kintsugi, cette technique japonaise de réparation de céramiques avec de la poudre d’or, anime notre projet et soutient notre travail quotidien depuis près de 2 ans maintenant.

Parler du Kintsugi et associer sa métaphore de résilience au travail de reconstruction de toutes celles et tous ceux qui ont un jour été « brisé.e.s » par des accidents de parcours, c’est puissant… et pratiquer le Kintsugi de ses mains a été une expérience collective marquante.

C’est ce que nous avons découvert il y a quelques semaines lors d’un atelier avec Miho Takagi, spécialiste de cet art ancestral.  Chaque membre de notre équipe a pris place autour de la table avec ses morceaux à réparer et le matériel approprié (petite plaque de travail en faïence, gants en latex, papier à poncer, colle, couteau, petites baguettes de bois, cure-dents, pinceaux de différentes taille, poudre dorée).

Accompagné.e de musique orientale favorisant la concentration, chacun.e s’est ensuite attelé.e à rassembler et nettoyer ses morceaux puis à fatiguer la colle pendant quelques minutes pour l’amener à température, entrée en matière indispensable avant de pouvoir commencer le travail proprement dit; étape qui n’était pas sans nous rappeler la première séance de nos cycles de formation.  Ensuite, il s’est agi d’enduire de colle (ni trop ni trop peu) la fracture de chaque morceau à l’aide d’une petite baguette de bois, puis de l’assembler avec les morceaux voisins en appuyant fermement, travail de précision où chaque dixième de millimètre compte.

Une fois notre objet d’origine « réassemblé », il était nécessaire d’enlever au couteau les débordements de colle, puis de polir délicatement et patiemment les restes de colle à la surface de notre objet à l’endroit des anciennes brisures, d’abord grossièrement au papier à poncer et ensuite plus finement avec de petits tampons.  Il s’agissait d’un exercice de patience et d’humilité car, pour certaines brisures, cela se faisait rapidement, tandis que pour d’autres cela prenait beaucoup plus de temps… chaque brisure est différente.

Dernière étape mais pas la moindre : mélanger la poudre dorée à la colle et en enduire les traces de réparation pour les magnifier.  Cette étape nous a confronté.e.s au dilemme du choix de l’outil entre le cure-dent (plus lent mais plus précis) et le pinceau (plus rapide mais moins précis) ainsi qu’à l’excitation de terminer son travail sans pour autant se précipiter au risque d’effacer une trace fraîche et de devoir recommencer.

Le soin et la présence que demandent ces diverses opérations nous ont rappelé les pratiques de centrage qui jalonnent nos parcours de formation, où on se rend compte qu’aligner nos pensées, nos actes et nos émotions permet d’atteindre une forme de fluidité où le temps est suspendu… mais que parfois ce n’est pas si simple et qu’on aimerait que ça aille plus vite ou que ça se termine!  Pratiques collectives aussi, comme cet atelier, où chacun est concentré sur sa tâche et ses ressentis tout en étant connecté aux autres.

Cet atelier a aussi apporté des prises de conscience.  Nous avons chacun.e expérimenté comment réconcilier nos élans contraires : patience et impatience, exigence et efficacité, douceur et fermeté. Nous n’avons pas non plus ressenti les conforts et les inconforts aux mêmes étapes de cet atelier : pour certain.e.s, il était plus facile ou agréable de coller que de nettoyer, de réparer que de mettre en lumière, de préparer que d’achever. Nouvelles prises de conscience de nos différences de personnalité, de nos richesses ainsi que de nos complémentarités.