Le 17 avril, le Centre culturel de Braine-l’Alleud a accueilli une représentation théâtrale engagée, profondément humaine : Tous mes rêves partent de Gare d’Austerlitz, de Mohamed Kacimi.
Deux membres de notre association ont eu la chance d’assister à cette représentation.
Cette pièce est bien plus qu’un récit sur l’enfermement.
C’est un hymne à la résistance de l’esprit, par l’imagination et la culture.
L’intrigue nous plonge dans la bibliothèque d’une maison d’arrêt, un soir de Noël.
Cinq femmes — Barbara, Lily, Zélie, Marylou et Rosa — s’apprêtent à célébrer le réveillon.
Ici, pas de dinde ni de champagne, mais un festin de mots et de souvenirs pour oublier, le temps d’une nuit, la promiscuité, l’odeur du tabac froid et le bruit sec des verrous.
L’arrivée de Frida, une « primo-arrivante » dévastée d’être séparée de sa fille, vient rompre cet équilibre fragile.
Comme pour les autres, son histoire porte la trace d’une rencontre avec un homme qui a tout fait basculer.
Pour arracher Frida à son désespoir, ses codétenues déploient une solidarité concrète, immédiate.
Leur ressource : un exemplaire d’On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset.
En improvisant des scènes, elles incarnent Perdican et Camille, transformant la bibliothèque en scène de théâtre.
Le déplacement est puissant.
Si le corps reste captif, le rêve, lui, circule.
Le théâtre ne fait pas disparaître l’enfermement, il ouvre un espace intérieur : un espace de mouvement, de dignité, de réappropriation.
Née d’ateliers d’écriture menés à Fleury-Mérogis, la pièce puise sa force dans une réalité brute, parfois crue, sans jamais céder au pathos.
Sur scène, Annie Gille, Diane de Croix, Marielle De Beer, Josette-Marie Houben, Muriel Légé et Sabine Ceragioli incarnent ces trajectoires avec une grande justesse, sous la mise en scène de Frédéric Kusiak.
Ce qui se joue dépasse les personnages.
Au fil de la pièce, une autre réalité affleure, plus silencieuse : celle de femmes profondément seules, comme effacées du regard social.
La pièce suggère que l’enfermement ne se limite pas aux murs : il touche aussi à l’identité, au corps, à la place dans le monde, à la maternité.
Dans cet espace où tout semble nié, quelque chose, cependant, demeure.
Par le jeu, par la langue, par le partage, elles esquissent d’autres possibles.
Pour nous qui intervenons en détention, cette pièce illustre avec finesse que
le collectif, les liens et la parole sont des leviers essentiels de dignité.
Rendez-vous le 16 mai à 19h30
Salle Vita – Basilique de Koekelberg
Un texte nécessaire, pour rappeler que, même dans les espaces les plus contraints,
le vivant continue de circuler.